Résumé
Quel rapport entre l’existence d’une œuvre d’art et celle d’un être vivant ? Entre l’existence de l’atome et celle d’une valeur comme la solidarité ? Ces questions sont les nôtres à chaque fois qu’une réalité est instaurée, prend consistance et vient à compter dans nos vies, qu’il s’agisse d’un morceau de musique, d’un amour ou de Dieu en personne. Comme James ou Deleuze, Souriau défend méthodiquement la thèse d’un pluralisme existentiel. Il y a, en effet, différentes manières d’exister, et même différents degrés ou intensités d’existence : des purs phénomènes aux choses objectivées, en passant par le virtuel et le « sur-existant » dont témoignent les œuvres de l’esprit ou de l’art, tout comme le fait même de la morale. L’existence est polyphonique, et le monde s’en trouve considérablement enrichi et élargi. Outre ce qui existe au sens ordinaire du terme, il faut compter avec toutes sortes d’états virtuels ou fugaces, de domaines transitionnels, de réalités ébauchées, en devenir, qui sont autant d’« intermondes ».
Servi par une érudition stupéfiante qui lui permet de traverser d’un pas allègre toute l’histoire de la philosophie, Souriau donne les éléments d’une grammaire de l’existence. Mais son enquête se veut aussi une introduction à « la pratique de l’art d’exister ». À quoi nous attachons-nous précisément lorsque nous aimons un être ? À quoi nous engageons-nous lorsque nous nous identifions à un personnage de roman, lorsque nous valorisons une institution ou adhérons à une théorie ? Et finalement, quel(s) mode(s) d’existence(s) sommes-nous capables d’envisager et d’expérimenter pour nous-mêmes ? Questions métaphysiques, questions vitales.
Cette nouvelle édition est précédée d’une présentation d’Isabelle Stengers et Bruno Latour intitulée « Le sphinx de l’œuvre ». Elle inclut également un article d’Étienne Souriau, « Du mode d’existence de l’œuvre à faire » (1956).
Caractéristiques
Sommaire
LE SPHINX DE L'ŒUVRE, par Isabelle Stengers et Bruno Latour
LES DIFFÉRENTS MODES D'EXISTENCE, par Étienne Souriau
Chapitre premier. — Position du problème
Monisme ontique et pluralisme existentiel. Pluralisme ontique et monisme existentiel
Leurs rapports, leurs combinaisons
Conséquences philosophiques : richesse ou pauvreté de l'être ; les exclusions souhaitées
Aspects métaphysiques, moraux, scientifiques et pratiques du problème. Questions de méthode
Chapitre II. — Les modes intensifs d'existence
Esprits durs et esprits tendres
Tout ou Rien
Le devenir et le possible comme degrés d'existence
Entre l'être et le non-être : niveaux, distances et effets de perspective
L'existence pure et l'existence comparée
L'occupation ontique des niveaux
Existence pure et aséité
Existence et réalité
Chapitre III. — Les modes spécifiques d'existence
Section I
Le phénomène ; la chose ; ontique et identité ; universaux et singuliers
Le psychique et le corporel ; l'imaginaire et le sollicitudinaire ; le possible, le virtuel ; le problème du nouménal
Section II
Le problème de la transcendance
Exister et ester
Existence en soi et existence pour soi
La transition
Section III
Sémantèmes et morphèmes
L'événement ; le temps, la cause
L'ordre synaptique et la copule
Un tableau exhaustif des modes d'existence est-il possible ?
Chapitre IV. — De la surexistence
Les problèmes de l'unification ; la participation simultanée à plusieurs genres d'existence ; l'union substantielle
La surexistence en valeurs ; existence qualifiée ou axiologique ; séparation de l'existence et de la réalité comme valeurs
Le second degré
L'Ueber-Sein d'Eckart et l'Un de Plotin ; les antinomies kantiennes ; la convergence des accomplissements ; le troisième degré
Le statut du surexistant ; son rapport avec l'existence
Conclusions
DU MODE D'EXISTENCE DE L'ŒUVRE À FAIRE, par Étienne Souriau
Autour de l'auteur
Professeur d’esthétique à la Sorbonne, Étienne Souriau (1892-1979) a dirigé aux PUF le Vocabulaire d’esthétique. Outre Les différents modes d’existence, paru en 1943, il est notamment l’auteur de Pensée vivante et perfection formelle (1925), L’Instauration philosophique (1939), L’Ombre de Dieu (1955), La Correspondance des arts (1969).