Michel Butor : Livres et Livres Numériques (Ebook) - Bibliographie | PUF  

Michel Butor

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Cet article provient du Dictionnaire universel des littératures, volume 1, sous la dir. de Béatrice Didier, Paris, PUF, 1994.
Mise à jour prévue.


BUTOR Michel, né en 1926


Écrivain français. L’œuvre de Butor n’est réductible à aucun code, à aucun rangement, tant elle est diverse, foisonnante, part dans de multiples directions. Pourtant son ambition est claire : “ Je suis tout le temps en train d’écrire la même œuvre, comme les chapitres d’un grand ensemble, un peu comme Balzac. J’écris une espèce de Comédie humaine à laquelle je suis incapable de donner un titre et que je vois beaucoup moins clairement que Balzac. ” Depuis l’étonnant Portrait de l’artiste en jeune singe (1967), qui se situe chronologiquement avant le départ de Butor en Égypte, dans les années 1950, jusqu’aux derniers textes, sur Alechinsky ou Jean-Luc Parant, en passant par un roman aussi classique, balzacien à certains égards, que Passage de Milan (1954), La Modification, prix Renaudot en 1957, qui fit de Butor, peut-être illusoirement, l’un des piliers du Nouveau Roman. Par les “ romans éclatés ” américains, comme Mobile, ou 6 810 000 litres d’eau par seconde (1965), le problème que pose Butor est celui d’un “ circuit ” littéraire, qui redouble, et constitue en même temps, le “ circuit ” biographique.


Pour Butor l’écriture est une “ colonne vertébrale ”, l’œuvre un entassement de vertèbres cervicales et de vertèbres lombaires, le seul axe possible d’un monde qui, précisément n’en a plus, ou dont les centres, innombrables, sont éparpillés comme les escales d’une compagnie aérienne ou comme les points de départ des avions qui se croisent fugitivement sur le même aéroport. Butor est un écrivain moderne, dans ce sens géographique de la circulation, d’un jamais là qui se rassemble, pour quelques pages et quelques heures de lecture, dans le volume hasardeux d’un livre. Et le problème de l’écrivain, pour lui, est de concilier cette absence de lieu, ce tournis, et l’unité postulée, mais a posteriori, et jamais certaine, de l’œuvre.


C’est pourquoi il est difficile de distinguer les “ romans ” des “ séries ” : cinq volumes de Répertoire, quatre d’Illustrations, en collaboration avec un peintre, un sculpteur ou un graveur, quatre de Matières de rêve, dont le récit d’un rêve donne le point de départ de chaque chapitre, trois volumes du Génie du lieu, récits kaléidoscopiques de voyages, de mouvements. Œuvre critique, narrations, travail de l’imaginaire : à partir des hasards du rêve ou devant une image, une toile, le plan d’une ville ou d’un réseau routier, devant le flux des chutes du Niagara, tout concourt, pour Butor, à l’invention de l’écriture. Écriture placée sous le signe de la vitesse – publications en rafale, rapidité exigée du lecteur – et de l’urgence.


Butor ne s’arrête pas d’écrire, comme, remarque-t-il, Rimbaud ne s’est pas arrêté, contrairement à ce qu’on croit. Il a simplement écrit “ autre chose ”. Butor, tout en écrivant, comme il le dit, “ la même chose ”, écrit sans cesse “ autre chose ”. Urgence qui se manifeste aussi dans sa vie, entre Nice et les cours en Suisse, les déplacements aux États-Unis ou ailleurs. Le foisonnement, depuis quelques années, de plaquettes sur, et avec des peintres, est du même ordre. Butor, qui n’écrit, comme le disait Barthes, que “ sur commande ”, se passe à lui-même des ordres incessants. Comme il y eut des globe-trotters, Butor a inventé l’écriture-trotter.


 


u Œuvres éditées chez Gallimard, sauf autre indication.


 


l G. Raillard, Butor, Paris, Gallimard, 1968. — J. Roudaut, Michel Butor ou le livre futur, Paris, Gallimard, 1966


 


J.-J. Brochier