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Jean Piaget

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Cet article provient du Dictionnaire des sciences humaines, sous la dir. de Sylvie Mesure et Patrick Savidan, Paris, Puf, 2006.


Jean Piaget, 1896-1980


Jean Piaget est une figure majeure de la psychologie de l’enfant au xxe siècle et son influence sur la pédagogie a été grande. Ses recherches sur l’intelligence de l’enfant ont paru pouvoir réaliser le rêve de transformer “ l’art ” de l’éducation en une science appuyée sur une théorie psychologique certaine. Cette espérance est-elle utopique ? Il est préférable de se demander aujourd’hui quel sens elle revêt dans la théorie piagétienne, prise dans sa globalité.


Parcours multiple


Né en 1896 à Neuchâtel, Jean Piaget fit des études de sciences naturelles, et s’illustre notamment par des articles sur les Limnées. Parallèlement, il s’intéresse à la spiritualité protestante et à la philosophie (Vidal, 1994 ; Xypas, 1997). Il découvre William James, Henri Bergson, ainsi que l’histoire des sciences, en particulier à travers l’œuvre de Léon Brunschvicg. Il s’intéresse également à la psychanalyse et, à Paris, il travaille au laboratoire de Théodore Simon, le psychiatre ayant mis au point avec Alfred Binet le fameux test d’intelligence « Binet-Simon » (Binet étant décédé brutalement en 1911). Il devient en 1921 le principal collaborateur d’Édouard Claparède à l’Institut Jean-Jacques-Rousseau de Genève, fondé par ce dernier en 1912 (Ducret, 1984). C’est à partir de là qu’il devient le grand psychologue de l’enfant que l’on connaît, et qu’il élabore la théorie des stades du développement psychologique de l’enfant. Il ne faut pas considérer que cette théorie représente à elle seule l’aboutissement de la pensée de Jean Piaget : l’objet des recherches du savant est la connaissance, avant l’enfant. Il n’en reste pas moins que l’enfant a un rôle privilégié dans la théorie piagétienne : et qu’à partir de là, l’articulation de la psychologie génétique au domaine de la pédagogie est inévitable.


Une philosophie biologique


Il serait faux de croire que Jean Piaget a cessé d’être un biologiste. Ses premières recherches concernaient l’adaptation des micro-organismes aquatiques à leur milieu. En étudiant l’intelligence supérieure de l’homme, il continue à penser que sa fonction est l’adaptation. À son échelle, le micro-organisme possède lui aussi une pensée puisqu’il dispose d’une certaine marge d’autonomie et d’une certaine capacité d’action lorsqu’il fait face aux aléas de son environnement. L’homme possède la capacité de connaître un univers infiniment plus vaste et de s’adapter à des situations plus variées : ce qu’il nomme le réel est le résultat de la rencontre de son intelligence et du monde extérieur. Piaget utilise volontiers l’exemple de l’astronome, qui, dans le ciel étoilé, voit un réel beaucoup plus étendu que l’homme du passé qui y cherchait des présages. La philosophie de Piaget est sous-tendue par l’idée que l’intelligence de l’homme, et du vivant en général, progresse (Ottavi, 2001, § V).


C’est pourquoi la psychologie de l’enfant est pour Jean Piaget une “ embryologie de l’intelligence ”(Jean Piaget, 1939). Commençant par un état de très faible autonomie où règne le mouvement réflexe et par une conception du monde très réduite, l’enfant perfectionne dans ses premières années l’étape sensori-motrice du psychisme. La pensée s’y investit en quelque sorte entièrement dans l’action, en même temps que commence à régresser l’égocentrisme. La pensée au stade symbolique qui caractérise l’enfant à partir du moment où il parle jusqu’à environ sept ans est dominée par l’image. Avant l’adolescence, l’enfant raisonne au moyen des « opérations concrètes » sa logique étant mise à l’œuvre dans des situations desquelles elle ne peut se détacher. Il parvient en dernier lieu au stade des opérations formelles où l’abstraction est possible, et où la logique peut se déployer de manière intériorisée, en dehors du vécu concret. Les passages entre stades sont des réorganisations complètes de la pensée, il y a discontinuité entre eux. À chaque fois cependant, entrent en jeu les mécanismes de l’assimilation et de l’accommodation, qui permettent l’apprentissage du nouveau à partir de l’expérience, en plus de l’adaptation au réel donné (Jean Piaget [1966] 2004).


Cette conception du développement psychologique comme mouvement autonome que l’éducation peut soutenir mais non modifier, ne pouvait que conduire Piaget à défendre les idées portées par le mouvement de l’Éducation nouvelle (Jean Piaget, 1939) : l’enfant doit bénéficier de plus de respect, de plus d’autonomie, une part plus grande doit être laissée à son activité, la contrainte de la volonté adulte doit être allégée. Jean Piaget devenu, en 1945, sous-directeur général de l’unesco chargé du Département de l’éducation, ses convictions n’en auront que davantage de rayonnement.


Jean Piaget lui-même reconnaissait que son objet était l’intelligence logique et le raisonnement physico-mathématique ; il n’est donc pas étonnant qu’Henri Wallon ([1941] 2003), lui opposant sa propre conception de la psychologie génétique, ait critiqué l’absence de prise en compte de l’influence de l’environnement social dans la psychologie piagétienne. La discussion se porte actuellement vers les capacités cognitives et langagières du nouveau-né, qui semblent plus importantes que Jean Piaget ne l’avait cru (Quentel [1993] 1997).


 


Jean Piaget, La Construction du réel chez l’enfant (1937), Paris, Delachaux et Niestlé, 1998. — Jean Piaget, « Les méthodes nouvelles et leurs bases psychologiques », Encyclopédie française, 1939. — Jean Piaget, La Représentation du monde chez l’enfant (1955), Paris, Puf,  2003. — Jean Piaget, Six études de psychologie (1964), Paris, Gallimard, 1987. — Jean Piaget et Bärbel Inhelder, La Psychologie de l’enfant (1966), Paris, Puf, 2004.


 



Dominique Ottavi