Jacques Godechot : Livres et Livres Numériques (Ebook) - Bibliographie | PUF  

Jacques Godechot

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 Par Jean Tulard,


 de l’Institut


Ce sont toujours les extrêmes qui retiennent l’attention. Il en va ainsi pour l’histoire de la Révolution et de l’Empire : histoire marxiste d’un côté, influence maurassienne de l’autre. Jacques Godechot, qui fut l’un des meilleurs connaisseurs de la période, était un modéré, un sage retranché dans son université de Toulouse dont il fut le doyen, comme dans ses bastions de la Revue historique et des Annales de la Révolution française. Il a pourtant dynamité la conception de la période, n’hésitant pas à l’élargir dans le temps à la révolution américaine et dans l’espace à l’ensemble du continent outre-Atlantique.
 


Né en 1907 à Lunéville dans une famille aisée, son goût pour l’Histoire le conduit vers l’Université. À la Sorbonne, il découvre l’enseignement d’Albert Mathies, qui le marque à jamais. C’est sous sa direction qu’il prépare, après l’agrégation, une thèse, élaborée à la fondation Thiers de 1930 à 1933, sur les commissaires aux armées sous le Directoire. 
 


Après la Seconde Guerre mondiale durant laquelle il fut victime des lois raciales, il élargit la vision traditionnelle de l’histoire révolutionnaire en rapprochant l’indépendance des États-Unis de la Révolution de 1789 qui suivit, dans le large concept de la Révolution atlantique. Ce concept provoqua un vaste débat, les historiens marxistes de la période refusant que la Révolution française puisse être la fille de la révolution américaine. On n’oubliera pas que la théorie fut développée dans le contexte de la guerre froide.
 


L’idée est reprise dans deux volumes de référence parus aux PUF : Les Révolutions (1770-1799) et L’Europe et l’Amérique à l’époque napoléonienne. Ils remplacent dans la collection « Nouvelle Clio » les volumes anciens de Louis Villat. Récit, état des questions, vaste bibliographie : on découvre l’immensité des lectures de Jacques Godechot et sa capacité à clarifier les question les plus discutées.
 


Deux autres livres parus également aux PUF sont restés classiques. Son tableau des Institutions de la Révolution et de l’Empire (1951, réédition 1968) éclaire les changements en profondeur d’une France entrée dans le système des constitutions à partir de 1791 et du principe des droits de l’homme. Dans La Contre-Révolution (1961) qu’il conduit jusqu’en 1804, retour (très provisoire) à la stabilité, Jacques Godechot étudie l’autre face de la Révolution, celle des opposants. Il sépare les théoriciens, un Burke, l’initiateur, un Maistre, qui voit dans les événements la main de la Providence, un Bonald, des hommes d’action : insurrections de l’Ouest et du Midi, coups d’État, émigration et complots. Godechot souligne qu’à l’exception de Chateaubriand, les théoriciens se tinrent à l’écart des mouvements et que ceux-ci furent le plus souvent spontanés, sans lien en tout cas avec les doctrines alors élaborées. On doit encore à Godechot une belle synthèse sur la Grande Nation, le concept expansionniste mis au point par le Directoire.
 


L’œuvre de Jacques Godechot s’inscrit dans le courant positiviste de l’École historique française. Il a renouvelé l’image de la Révolution, laissant à ses élèves le souvenir du « Doyen ».