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Heinz Kohut

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Cet article provient du Dictionnaire des sciences humaines, sous la dir. de Sylvie Mesure et Patrick Savidan, Paris, PUF, coll. “ Quadrige/Dicos poche ”, 2006.


KOHUT Heinz, 1913-1981 


Pour comprendre la psychologie du Self, passer par la personnalité complexe de son inventeur est indispensable. Car Kohut, fasciné par la relation d’indétermination de Heisenberg entre l’observateur et son objet, n’a jamais hésité à faire œuvre à partir de sa vie.


Ainsi, si Freud a traité de “ l’homme coupable ” au moi écrasé entre les demandes pulsionnelles du ça et les exigences morales du surmoi, Kohut, prétendait prendre en charge “ l’homme tragique ”, souffrant – comme lui-même – des défaillances de ses “ objets de self ” : une mère (Else) malade, incapable de répondre aux besoins de son enfant ; un père (Felix) inaccessible et intimidé par sa femme, inapte à fonctionner comme source d’idéalisation pour son fils. Aussi Kohut construisit-il son concept du Self contre la fiction du “ moi autonome ” de Hartmann. Car, rafistolé à coup de “ structures compensatoires ”, le Self est toujours inclus dans quelque symbiose avec un objet. La continuité entre biographie et œuvre prit une tournure tragique à la fin de sa vie. Démis par ses pairs de l’Institut de Chicago pour ses critiques de l’orthodoxie freudienne, Kohut, malade, écrivit Les deux analyses de Monsieur Z, clef de voûte de sa clinique, pour faire valoir l’avantage de sa pratique vis-à-vis des impasses de la cure classique, centrée sur le conflit entre moi et pulsions. Or, la majorité des connaisseurs a démasqué Kohut lui-même derrière Monsieur Z. Comme celui-ci, le jeune Heinz avait eu une liaison avec son précepteur viennois dont il avait parlé à Aichhorn, son premier analyste. Et Kohut a toujours revendiqué le rôle positif des désirs homosexuels pour la consolidation et la créativité du Self. Ce n’était pas sa seule ambiguïté. Lui qui dût fuir Vienne en 1939 parce qu’il était juif niait parfois ses origines. Réhabilitant le narcissisme contre les freudiens, Kohut ne s’est donc jamais privé de mettre le sien en valeur. Mais ces jeux de masque ne lui ont-ils pas fermé l’accès à l’inconscient ? La fiction d’un “ Self cohésif ” semble parer aux incohérences de sa propre personnalité.


Arrivé à Chicago en 1940, il y devient psychiatre, puis analyste en 1950. En 1957, il défie les gardiens du dogme en ajoutant l’empathie à l’interprétation et à l’insight freudiens. Selon lui, on ne peut aborder désirs, sentiments et fantasmes que grâce à l’introspection et à l’empathie. Celle-ci serait donc la voie vers une nouvelle psychologie. Dans le cas de patients gravement perturbés, l’empathie permet de remonter vers des états archaïques, préœdipiens.


Ayant vécu jusqu’à 60 ans sous la férule de sa mère, Kohut est paradoxalement soulagé quand la psychose de celle-ci se confirme. Il écrit alors L’analyse du Self, en 1971, où le narcissisme est défini comme l’investissement du Self. L’autre n’existe que dans la relation que le Self noue avec lui. “ Objet de notre subjectivité ”, le Self ne serait rien sans son expérience des “ objets du Self ”. Les malades traités qui souffrent de “ désordres de la personnalité narcissique ” sont vulnérables et irritables. Ils sont marqués par une déficience de leur estime de soi. Mais c’est via le transfert qu’on peut savoir ce qui les perturbe. Car le transfert mobilise la relation précoce du Self à l’autre sous deux formes : la constitution du “ Self de grandeur ” et l’idéalisation des imagos parentales. Ces deux formes du narcissisme, grandeur et idéalisation, se transforment éventuellement en créativité, empathie et humour. L’estime de soi est fondée sur la grandeur ; l’idéalisation crée les valeurs les plus profondes du sujet (comme celles des résistants au nazisme). Mais un trauma peut interrompre les processus de l’idéalisation et de la grandeur. Un sujet traumatisé n’arrive pas à structurer son Self par un processus que Kohut compare au travail de deuil. Il n’aura qu’un Self archaïque, déficient. Le transfert doit alors ranimer cette structure endommagée. Or par là, Kohut élimine tout rôle de la libido dans le trauma – trait caractéristique de sa pensée, et qui lui sera reproché.


Dans La Restauration du Self, en 1977, Kohut précise l’approche empathique – introspective et remplace le “ transfert narcissique ” par le “ transfert d’objet de Self ”. Plus clair que L’Analyse du Self, ce livre eut d’emblée du succès à cause de son vaste matériel. Kohut y différencie la fin d’analyse dans les névroses de transfert et dans les cas narcissiques. Il y livre une phénoménologie fine du moment de conclure : dans une névrose de transfert, production d’un matériel vivant, touche d’humour dans les rêves d’incorporation de l’analyste, et dans un cas “ narcissique ” (celui d’un patient qui avait souffert de l’incapacité de sa mère adoptive à montrer son amour dans une relation en miroir, et aussi, d’une certaine froideur du père face aux demandes d’identification...), régression à une relation d’objet concrète : le patient éprouve que l’analyste représente un ersatz pour sa structure psychique, lui offre un nouveau sentiment de valeur et intègre à nouveau ses tendances.


 


l Le Soi : la psychanalyse des transferts narcissiques (1971), trad. M. A. Lussier, Paris, puf, 2004. — The Restoration of the Self, New York, International Universities Press, 1977. — “ The two analyses of Mr Z. ”, International Journal of Psychoanalysis, 1979, no 60, p. 3-28.


 


u Strozier C. B., Heinz Kohut. The Making of a Psychoanalyst, New York, Farrar, Strauss & Giroux, 2001.


 


Franz Kaltenbeck