Georges Dumézil : Livres et Livres Numériques (Ebook) - Bibliographie | PUF  

Georges Dumézil

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Cet article provient du Dictionnaire des sciences humaines, sous la dir. de Sylvie Mesure et Patrick Savidan, Paris, PUF, coll. “ Quadrige/Dicos poche ”, 2006.


DUMÉZIL Georges, 1898-1986


Georges Dumézil a connu les ultimes batailles de la Première Guerre mondiale et aura finalement traversé la plus grande partie du xxe siècle, puisqu’il s’est éteint en octobre 1986 à sa table de travail en laissant derrière lui une œuvre monumentale. Celle-ci présente deux volets qui concernent deux domaines distincts que seul l’adjectif “ comparé ” permettrait d’associer.


Le premier panneau de ce diptyque, peu connu et même souvent ignoré, rassemble les études et ouvrages que Dumézil a consacrés dès le début des années 1930 à la très difficile grammaire comparée des langues du Caucase (oubykh, abkhaz, tcherkesse, ingouche, laze, etc.).


Le second volet de l’œuvre dumézilienne, riche de plus d’une quarantaine de volumes, eut pour objet la “ mythologie comparée ” des peuples indo-européens. Cette discipline s’était développée dans la seconde moitié du xixe siècle ; l’hypothèse indo-européenne remontant elle-même à la fin du xviiie et aux premières années du xixe siècle lorsque l’on découvrit et parvint à démontrer que les langues des différents groupes occidentaux (celtique, germanique, grecque et italique) étaient non seulement parentes entre elles, mais aussi cousines des langues indo-iraniennes archaïques (sanskrit et avestique en particulier). Cette parenté supposait l’existence d’un ancêtre commun, l’indo-européen, au IIIe ou IVe millénaire avant notre ère. Assez rapidement, plusieurs savants du xixe siècle s’inspirèrent des méthodes de cette grammaire comparée pour jeter les fondements d’une “ mythologie comparée ”. Malheureusement, les présupposés sur lesquels ils s’appuyèrent les conduisirent à ne voir dans les mythes archaïques qu’une sorte d’allégorie généralisée des phénomènes naturels. Ainsi vit-on apparaître des mythologies “ solaire ”, de l’orage ou du feu. À côté d’elles se développa la mythologie agraire de W. Mannhardt dont J. G. Frazer popularisa les thèmes favoris. La fertilité, qu’elle soit humaine, animale ou végétale, avec ses conditions mystérieuses, ses crises inquiétantes et ses effets bénéfiques, se trouverait au cœur des mythes et des rites les plus archaïques.


S’il suivit l’inspiration de Frazer jusqu’au milieu des années 1930, Dumézil s’en détourna ensuite après avoir fait, en 1938, une découverte capitale. De cette découverte fondatrice, que devait très vite résumer l’expression “ idéologie des trois fonctions ”, on peut citer cette définition, concise, réfléchie et très complète : “ [ces recherches] ont établi que l’un des cadres les plus ordinaires et les plus impérieux de la pensée des Indo-Européens communs était une conception tripartie, trifonctionnelle de l’ensemble du réel et, plus encore, de l’imaginaire. Pour eux, trois modes et principes d’action, à la fois coordonnés et hiérarchisés, étaient nécessaires à l’harmonie de tout organisme, qu’il s’agît du monde, de la société, de l’âme même : la souveraineté magico-religieuse et intellectuelle, la force physique et combattante, l’activité procréatrice et économique, donneuse de richesse.


Ce cadre se retrouve dans les théologies les mieux connues, celle de l’Inde védique, de l’Iran, de Rome, des Scandinaves ; dans l’Inde, en Iran, en Irlande, chez les plus vieux Ioniens, il a dessiné, réelles ou idéales, des structures sociales ; il a orienté partout de nombreuses pratiques liturgiques, politiques, juridiques, comme il a organisé des récits mythiques, épiques et “historiques” ” (1979, p. 89).


Cette découverte allait permettre à Dumézil d’interpréter un grand nombre de mythes (les trois péchés du guerrier, le mariage polyandrique de la déesse), de classifications sociales triparties (prêtres, guerriers et agriculteurs), de panthéons (Jupiter, Mars et Quirinus à Rome), d’épisodes rituels, de symbolismes, de figures remarquables (le roi trifonctionnel ou la déesse trivalente), qu’il découvrit en particulier à Rome, dans l’Irlande et la Scandinavie préchrétiennes comme dans le monde indo-iranien. En outre, il démontra que plusieurs épopées (en premier lieu le Mahâbhârata indien) et histoires fabuleuses (telle celle des origines de Rome) reposaient également sur ce schème trifonctionnel.


En refusant de comparer des faits isolés pour ne retenir que des ensembles articulés et structurés afin de dégager “ une série, suffisamment originale, d’éléments soutenant entre eux des relations homologues ”, Dumézil ouvrit la voie au structuralisme. Il n’excluait pas en outre que ce comparatisme exigeant devienne “ la forme que revêt naturellement, dans les sciences humaines, la méthode expérimentale ”.


 


l Mythe et épopée I (1968), Paris, Gallimard “ Quarto ”, 1995. — Mariages indo-européens, Paris, Payot, 1979. — Entretiens avec Didier Éribon, Paris, Gallimard, 1987. — Esquisses mythologiques (1982-1994), Paris, Gallimard “ Quarto ”, 2003.


 


u Dubuisson D., Mythologies du xxe siècle. Dumézil, Lévi-Strauss, Éliade, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1993. — Éribon D., Faut-il brûler Dumézil ?, Paris, Flammarion, 1992. — Segal R. A., Theorizing about Myth, Amherst, University of Massachussetts Press, 1999.



Daniel Dubuisson


Principales publications de Daniel Dubuisson :


La légende royale dans l’Inde ancienne, Râma et le Râmayana, préface de G. Dumézil, éd. Économica, Paris, 1986 ;
Mythologies du XXe siècle (Dumézil, Eliade, Lévi-Strauss), Lille, PUL, 1993 (trad. italienne, roumaine et anglaise) ;
Anthropologie poétique (Esquisses pour une anthropologie du texte), Peeters, Louvain, 1996 ;
L’Occident et la religion (mythes, science et idéologie), éd. Complexe, Bruxelles, 1998 (trad. anglaise) ;
Dictionnaire des grands thèmes de l’histoire des religions. De Pythagore à Lévi-Strauss, éd. Complexe, Bruxelles, 2004 ;
Les sagesses de l’homme. Bouddhisme, paganisme, spiritualité chrétienne, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 20047 (trad. italienne) ;
Impostures et pseudo-science. L’œuvre de Mircea Eliade, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2005.