George Herbert Mead : Livres et Livres Numériques (Ebook) - Bibliographie | PUF  

George Herbert Mead

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Par Louis Quéré


 


 


         Né en 1863 en Nouvelle Angleterre, George Herbert Mead a fait une partie de ses études supérieures en Allemagne, où il a notamment suivi les enseignements, en psychologie et en philosophie, de W. Wundt et de W. Dilthey. De 1894 à 1931, année de sa mort, il a enseigné la philosophie et la psychologie à l’Université de Chicago. Très proche, intellectuellement et politiquement, de John Dewey, avec qui il s’est engagé dans la réforme sociale, il s’est appliqué à spécifier à nouveaux frais, d’un point de vue pragmatiste, nombre de thèmes importants de la psychologie et de la théorie sociale et politique.


 


Mead a d’abord travaillé à l’élaboration d’une « psychologie sociale » centrée sur une explication de la formation de la conscience et de la conscience de soi, ainsi que de l’émergence de la capacité d’autoréflexion, à la fois sur le plan individuel et sur le plan de l’espèce humaine. La communication sociale est le cadre de cette formation et de cette émergence. Mead met l’accent sur le passage de la « conversation de gestes », présente chez les animaux, à une communication médiatisée par des « symboles signifiants », qui font naître une normativité sociale.


 


L’esprit humain, capable de réflexion, requiert un organisme doté d’un self, celui-ci ne pouvant se former que dans un groupe social. Du point de vue pragmatiste qu’adopte Mead, le lieu de l’esprit n’est pas le cerveau mais la conduite, car c’est dans et pour l’organisation de la conduite, en interaction avec l’environnement, que se manifestent les capacités constitutives de l’esprit.


 


C’est en vertu de ce primat accordé à la conduite, qui amène à externaliser toute une série d’états et de processus habituellement placés à l’intérieur des individus, que Mead s’est revendiqué comme « behavioriste ». Mais son behaviorisme est très différent de celui de Watson. Outre qu’il ne nie pas l’existence de phases internes de la conduite, il s’agit d’un « behaviorisme social » : l’esprit est un mécanisme proprement social, qui ne peut se développer que dans une vie en société (adoption de l’attitude ou du rôle d’autrui, notamment de ceux d’un « autrui généralisé »).


 


Ayant fini d’élaborer l’essentiel de cette psychologie sociale dès 1913-1915, Mead applique son approche à la philosophie morale et à la théorie politique. Il conçoit en particulier une forme de socialité humaine capable de devenir universelle, à travers l’exercice d’une rationalité communicationnelle. Mead anticipe, sur ce point, l’argument de Jürgen Habermas selon lequel la communication humaine comporte un potentiel de rationalité non instrumentale, susceptible de s’incarner dans des institutions démocratiques et lié à l’idéal formel d’une discussion non contrainte. Mind, Self and Society (traduction française publiée par les PUF, 2006, voir infra), qui reprend le cours de psychologie sociale de l’année 1927-28, offre une synthèse de toute cette élaboration théorique. Comme tous les ouvrages de G. H. Mead, il s’agit d’une oeuvre posthume, composée à partir de notes de cours d’étudiants ou de manuscrits inachevés.


 


Les années 1920 sont marquées, pour Mead, par la lecture d’A. N. Whitehead et par la confrontation à sa philosophie de la nature. Les essais qu’il rédige à cette époque concernent, d’un côté, la philosophie des sciences, de l’autre, une théorie du temps, de l’événement et de l’histoire. Il complète aussi sa psychologie sociale par un éclairage de l’inscription corporelle de l’esprit et par une analyse du rôle des objets physiques à la fois dans la formation du self et dans la constitution du temps et de l’espace.


 


Quoiqu’il ait suivi l’enseignement de Dilthey à Berlin, Mead n’a jamais adhéré à l’idée que les sciences de l’homme et de la société devraient avoir une méthodologie spécifique. Pour lui, il n’y a qu’une méthode scientifique, celle des sciences expérimentales. Il est même convaincu qu’un seul et même appareillage conceptuel peut rendre compte des comportements de tous les êtres vivants, du moins au plus évolué. Enfin, l’un de ses soucis majeurs est de remettre dans la nature ce que l’on en a indûment ôté pour le placer dans l’esprit humain.


 


Deux ouvrages présentent ces recherches des années 1920 : Philosophy of the Present (1932) expose les réflexions de Mead sur la temporalité et sur les objets physiques (l’un des essais de ce volume, intitulé « The physical thing », a été traduit et présenté par L. Quéré dans la revue Réseaux, n° 85, 1997) ; Philosophy of the Act (1938) rassemble différents essais dans les domaines de la théorie de l’action et de la perception, et dans celui de la philosophie des sciences. Un autre ouvrage de Mead est intitulé Movements of Thought in the Nineteenth Century. Il reprend des cours d’histoire de la philosophie donnés en 1927 et 1928. Cet ouvrage permet d’apprécier toute la place de la pensée de Bergson dans la réflexion de Mead, et de saisir sa compréhension du pragmatisme. Mead a enfin publié de nombreux articles de son vivant, que l’on peut désormais consulter sur le site The Mead Project, Department of Sociology, Brock University, Ontario, Canada.


 


Voici quelques guides pour découvrir la vie et l’œuvre de Mead :


 


- « Naturalité et socialité du self et de l’esprit », Introduction de D. Cefaï et L. Quéré à la nouvelle traduction française de L’esprit, le soi et la société, Paris, PUF, « Le lien social », 2006 ;


 


- H. Joas, G. H. Mead. A Contemporary Re-examination of his Thought, Cambridge, Polity Press, 1985 (trad. fr., Paris, Economica, 2007, à paraître);


 


- G. A. Cook, George Herbert Mead. The Making of a Social Pragmatist, Chicago, University of Illinois Press, 1993.