Qui était Bergson?

Un article de Puf.

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Sommaire

Un philosophe révolutionnaire

Si une révolution est quelque chose qui change tout, pour tous, à un moment donné, à partir de l’événement de laquelle il y a, comme dit Péguy, un « avant » et un « après », alors la philosophie de Bergson fut bien comme toute grande philosophie, « révolutionnaire ». Il dit en effet que « le temps n’est pas de l’espace » et que nous confondons pourtant toujours le temps avec l’espace : qu’ainsi nous croyons pouvoir vivre à l’avance ou revenir en arrière, alors que le temps, ou la durée, est imprévisible et irréversible ; être soumis à des répétitions et à des habitudes, alors que nous sommes uniques et libres ; que la matière, la vie, l’histoire des hommes sont condamnées à la retombée, à la clôture et à la mort, alors qu’elles aussi ont en elles une puissance de changement et de nouveauté réels que nous pouvons reprendre et réveiller. D’où l’enthousiasme d’une génération. Mais aussi un effort de démonstration, dans tous les domaines. Des conséquences et des controverses. Des ruptures et des reprises.


Un orateur de génie

Bergson sut charmer les auditoires les plus divers par la « magie » devenue légendaire de sa parole. Des lycées où il enseigna d’abord, jusqu’au Collège de France à partir de 1900 et où la foule se pressa ; des salons de Clermont-Ferrand où il parlait déjà du « rire » jusqu’à l’Académie française ; des meetings philosophiques aux conférences sans aucune note qui stupéfièrent Jankélévitch ou Gouhier ; avec la parenthèse certes malencontreuse des « discours de guerre » mais aussi ensuite les grandes interventions à la Société des nations et avant la seconde guerre mondiale, il fut l’un des orateurs, aux côtés de son condisciple Jaurès, qui maintinrent l’art de la parole au tournant du XXe siècle en France.

Prix nobel de littérature

Ce n’est pas seulement pour la « fluidité » de son écriture et la variété de ses « images » que Bergson obtint en 1927 le Prix Nobel de littérature même s’il eut l’effet paradoxal de le réduire à son « style ». C’était aussi pour la rigueur de ce qu’il appelait la « composition » de ses livres auxquels il apportait d’autant plus de soin que sa critique du langage, loin de le réduire au silence, lui imposait un travail. Il mêle dans son écriture la richesse et la simplicité, la souplesse et la démonstration, une individualité immédiatement reconnaissable et un classicisme renouvelé.

Une figure politique d'influence

Trois temps forts marquent l’activité de « Bergson politique » : un retrait d’abord, aux temps notamment de l’Affaire Dreyfus au coeur de laquelle ilvécut et enseigna pourtant ; un engagement ensuite dans la première guerre mondiale, pas seulement par des discours parfois malheureux, mais aussi par une ambassade exceptionnelle aux États-Unis auprès du président Wilson qu’il contribua à convaincre de s’engager dans la guerre, et ensuite comme président du premier Institut de coopération intellectuelle qui préfigura l’Unesco ; enfin au croisement des deux par un testament écrit en 1936-1937 mais dont l’ouverture après sa mort en 1941 fit événement ; dans la France occupée il déclarait à la fois son adhésion morale au catholicisme et son refus de se convertir pour rester avec ceux qui allaient être des « persécutés ». Il avait prévu dans Les deux sources de la morale et de la religion (1932) tout entières centrées sur l’opposition du clos et de l’ouvert, que la clôture, l’exclusion des hommes les uns par les autres, pouvait atteindre l’extermination et que l’ouverture resterait exceptionnelle et difficile ; la conversion qui aurait dû être un passage d’un degré à l’autre de la même ouverture risquait de renforcer une clôture devenue plus meurtrière que jamais. Sa vie, son oeuvre, son action incarnent donc bien toutes les tensions et les contradictions de la France et de la IIIe république qu’il vécut intégralement.

Henri Bergson par Frédéric Worms et Philippe Soulez



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