RÉCIT ET HISTOIRE

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Extrait

Les historiens savent bien aujourd'hui qu'ils sont, eux aussi, des producteurs de textes. L'écriture de l'histoire, même la plus quantitative, même la plus structurale, appartient au genre du récit dont elle partage les catégories fondamentales. Récits de fiction et récits d'histoire, en effet, ont en commun une même manière de faire agir leurs «personnages», une même façon de construire la temporalité, une même conception de la causalité. Ces constats ont été rendus classiques par les ouvrages de Michel de Certeau et de Paul Ricœur. Situer l'écriture de l'histoire dans la classe des récits, au sens aristotélicien de «mise en intrigue d'actions représentées», n'allait pas de soi pour tous les historiens qui, en rejetant l'histoire des événements au profit d'une histoire des structures, pensaient avoir détaché pour jamais l'histoire de la narration et de la fable. Cette rupture supposée liait trois éléments : opposer aux personnages qui étaient ceux des anciens récits, les entités abstraites maniées par l'historien (classes, mentalités, séries, etc.) opposer au temps de la conscience individuelle, le temps hiérarchisé, on pourrait dire braudélien, des durées articulées et structurées (longue durée, conjoncture, événement) opposer à la dimension auto-explicative du récit, un savoir qui peut être l'objet de contrôles et de vérifications. C'est en opérant cette triple rupture que l'histoire pensait avoir définitivement échappé aux séductions dangereuses du récit.
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Roger CHARTIER


Retrouvez l'intégralité de cet article dans le Dictionnaire des sciences humaines.

Bibliographie

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Corrélats

Braudel F., Certeau M. de, École des Annales, Événement, Koselleck R., Micro histoire, Négationnisme, Postmodernisme et sciences humaines, Réalisme et sciences humaines, Régimes d'historicité, Relativisme, Ricœur P., Structuralisme et sciences humaines, Tournant linguistique et histoire, White H.

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