IRRATIONALITÉ
Un article de Puf.

Sommaire |
Extrait
- Habituellement, quand on dit de quelqu'un qu'il est «irrationnel», ce n'est pas pour lui faire un compliment. «Irrationnel», «irrationalité» sont des termes qui peuvent servir à formuler des évaluations négatives de croyances, de jugements, d'actions ou de personnes (Gibbard [1990] 1996). L'action, le jugement ou la personne sont supposés avoir quelque chose de défectueux. Quoi exactement ? Les opinions divergent à ce propos, car elles dépendent, en grande partie, des conceptions de la rationalité sous-jacentes, lesquelles sont plus ou moins exigeantes et s'appliquent à une quantité plus ou moins grande de domaines différents (Boudon, 2003 Cherniak, 1986 Elster, 2003 de Sousa, 2004 Stich [1990] 2003). On distingue plusieurs sortes de rationalité selon ces critères : épistémique (relative aux croyances), stratégique (relative à l'action, elle-même divisée en instrumentale et non instrumentale), axiologique (qui gouverne les émotions ou les valeurs), maximale (indifférente aux contingences de la psychologie humaine) ou minimale (qui tient compte de ces contingences), interne (en termes de cohérence ou d'équilibre réfléchi) ou externe (en termes de correspondance ou de conséquences). Assez curieusement, les philosophes spécialisés ont réussi, en dépit de ces divergences, à se mettre d'accord sur ce qu'on pourrait appeler des classes de croyances ou d'action typiquement irrationnelles (Bach, 1981 Davidson [1982] 2002 Fingarette, 1969 Mele, 1987 Pears, 1984) :
- l'agent se ment à lui-même
- l'agent croit ce qu'il ne devrait pas croire au vu des données dont il dispose
- l'agent prend ses désirs pour des réalités
- l'agent ne fait pas ce qu'il croit sincèrement devoir faire alors qu'aucun obstacle extérieur ne l'empêche de le faire. Il fait preuve de faiblesse de la volonté....
Retrouvez l'intégralité de cet article dans le Dictionnaire des sciences humaines.Bibliographie
BACH K., «An Analysis of Self-Deception», Philosophy and Phenomenological Research, 1981, n°41, pp.351-370
BOUDON R., Raisons, bonnes raisons, Paris, PUF, 2003
CHERNIAK C., Minimal Rationality, Cambridge, MIT, 1986
DAVIDSON D., Paradoxes de l'irrationalité, (1982), trad. par Engel P., Combas, L'Éclat, 2002
ELSTER J., Proverbes, maximes, émotions, trad. par Livet P., Paris, PUF, 2003
FINGARETTE H., Self-Deception, Londres, Routledge, 1969
GIBBARD A., Sagesse des choix, justesse des sentiments, (1990), trad. par Laugier S., Paris, PUF, 1996
GIGERENZER G. & TODD P., Abc Research Group, Simple Heuristics that Make us Smart, (New York), New York, Oxford University Press, 1999
KAHNEMAN D. & TVERSKY A., Choices, Values and Frames, Cambridge, Cambridge University Press, 2000
MELE A. R., Irrationality. An Essay on Akrasia, Self-deception and Self-control, (1987), New York, Oxford University Press, 1992
NISBETT R. & ROSS L., Human Inference, Strategies and Shortcomings of Social Judgment, Englewood Cliffs, Prentice Hall, 1980
PEARS D., Motivated Irrationality, Oxford, Clarendon Press, 1984
RORTY A. O., «The Deceptive Self. Liars, Layers and Lairs», in Mind in Action, Boston, Beacon Press, 1988
SOUSA R. DE, Évolution et rationalité, Paris, PUF, 2004
STICH S., «L'homme est-il un animal rationnel ?» (1990), , in D. FISETTE & P. POIRIER, Philosophie de l'esprit. Problèmes et perspectives, trad. par Faucher L., Paris, Vrin, 2003Corrélats
Action, Croyance individuelle, Décision, Rationalité, Rorty R.

