CIVILISATION ET CULTURE

Un article de Puf.

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Extrait

    Suivant le sens qui nous vient directement d'Érasme, est dit «civilisé» celui qui a intégré les codes de la civilité. Or, dans cette acception qui recouvre principalement l'idée des bonnes manières, la «civilisation» ne mérite peut-être pas le dédain que put lui porter une intelligentsia revendiquant la «culture». C'est là une «histoire allemande» pleine d'enjeux sociaux puis nationaux, qui commence au XVIIIe siècle (Elias [1939] 1973), tandis que l'espace européen, ayant cessé de coïncider avec la chrétienté latine, se restructurait sur le mode d'une intégration verticale des peuples qu'accompagnait la montée du sentiment national. Il fallait à des esprits comme Lessing, Goethe, Schiller et d'autres appartenant généralement à la petite bourgeoisie allemande, faire reconnaître un modèle de culture qui, proprement national, mettait en exergue l'authenticité expressive, la profondeur, la force conceptuelle de réalisations esthétiques ou philosophiques, tandis que la «Zwilisiertheit» était regardée comme une «culture extérieure» faite d'apparence plutôt que d'expression, d'attitudes plutôt que de réalisations. La demande instante de reconnaissance élevée par une élite intellectuelle opposant paradigmatiquement Shakespeare (que Voltaire jugeait barbare) à Corneille ou Racine, était d'abord adressée à l'empereur Frédéric acquis au goût français du classicisme, lequel dominait le monde, c'est-à-dire les cours d'Europe, comme le canon du bon goût littéraire et social en général définissant l'esprit «civilisé» de l'époque, soit précise Elias :
  • l'importance attribuée à la perfection formelle, signe distinctif de toute «society authentique»
  • le souci de contenir l'émotivité individuelle par la raison,...

    Jean-Marc FERRY


    Retrouvez l'intégralité de cet article dans le Dictionnaire des sciences humaines.

    Bibliographie

    ELIAS N., La Civilisation des mœurs, (1939), trad. par Kamnitzer P., Paris, Calmann-Lévy, 1973
    HEGEL G. W. F., Phénoménologie de l'esprit, (1806), trad. par Jarzick G., Paris, Gallimard «Folio», 2002 - in Droit naturel et droit politique, (1818-1819), trad. par Lefebre J.-P., Paris, Maspero, 1975 - Principes de la philosophie du droit, (1830), trad. par Kervégan J.-F., Paris, PUF, 2003 - Leçons sur la philosophie de l'histoire, (1837), trad. par Gibelin J., Paris, Vrin, 2000
    SPENGLER O., Le déclin de l'occident, (1916-1920), trad. par Tazerout M., Paris, Gallimard, 2000
    WEBER M., L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, (1905), trad. par Grossein J.-P., Paris, Gallimard, 2004

    Corrélats

    Civilité, Communautarisme, Culture, Elias N., Incivilités, Individualisme démocratique, Individualisme et lien social, Nature et culture
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