Baltasar Gracián, la civilité ou l'art de vivre en société

Un article de Puf.

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Une belle étude de philosophie politique sur le système de pensée du jésuite espagnol (1601-1658) et la relation individu / société civile / État à l'époque classique.


Caractéristiques

  • 352 pages
  • 32.00 €
  • ISBN : 978-2-13-057078-3
  • N° d'édition : 1
  • Date de parution : 18/03/2009


L'ouvrage

La raison d’État de soi-même que propose Baltasar Gracián (1601-1658) à tout individu est au principe d’une éthique paradoxale, voire contradictoire — et en ce sens baroque — qui prescrit à chaque individu de se comporter comme un État dans la manière d’être à soi et aux autres. C’est l’ensemble de ces prescriptions, ou règles de civilité, que permettent de dégager les maximes de l’Oráculo manual y arte de prudencia : dans les relations qu’ils ont les uns avec les autres, les individus doivent à la fois et contradictoirement adopter des normes communes — les règles du « bon goût » — et cependant ne s’en remettre qu’à eux-mêmes — à leur goût propre — pour déterminer ce qu’il est dans leur intérêt de faire ou de ne pas faire. C’est la raison pour laquelle cette éthique baroque qu’est la civilité est un art de vivre en société et non une morale catégorique : les règles qu’elle prescrit ne sont pas extérieures au commerce des individus, mais au contraire immanentes au jeu social lui-même. La civilité sociale est ainsi au fondement de la société civile, dont la normalité relève d’un libéralisme éthique.
Une telle civilité n’a cependant pas résolu le problème qui l’a rendu possible, à savoir l’écart dans lequel se tient — et doit se maintenir — le sujet de l’éthique : la composition propre au commerce social des individus exige en effet que chacun demeure en soi et néanmoins en relation avec les autres. C’est cet écart, constitutif du sujet, qu’illustre parfaitement ce roman allégorique qu’est le Criticón, dans lequel s’achève la pensée de Gracián : la raison d’État de soi-même est la tentative de déterminer la normativité d’une composition du lieu de soi — elle est la fiction d’un sujet qui pourrait enfin se saisir pleinement lui-même sans produire aussitôt l’écart constitutif de sa propre mise en abîme. Par là, est également décelé le sens de la pensée baroque, dont Gracián est certainement l’un des plus illustres et parfaits représentants : une pensée de l’écart, qui est l’écart de la pensée elle-même.


Table des matières

Introduction
Raison d'État et civilité : le goût
Le baroque à l'âge classique
Nécessité de l'interprétation

Chapitre premier. — Genèse d'une éthique du goût
La mesure de soi : intégrité de la vertu
La mesure des autres : le sujet de la civilité
De soi aux autres : l'art de plaire

Chapitre II. — Le bon goût
Le jugement du goût
La culture du goût
L'ordre, la grâce et l'aisance

Chapitre III. — Transparence et opacité du goût
L'homme universel
Le commerce des individus

Chapitre IV. — La séparation
L'incivile civilité
Éthique du héros

Chapitre V. — Éthique et intérêt
Généalogie de l'intérêt
La valeur de l'intérêt
Intérêt et civilité

Chapitre VI. — L'éthique de la prudence : une stratégie de composition
Calcul et stratégie : le jeu de la prudence
La personne et ses personnages
Le sujet de l'éthique : un jeu de composition

Conclusion
La normativité baroque
Pensée et subjectivité baroques

Bibliographie
Index des auteurs


A propos des auteurs

Docteur et agrégé de philosophie, Stéphan Vaquero est enseignant en IUFM. Il a publié plusieurs articles sur Gracián, le baroque, la philosophie morale et politique à l’âge classique.

Les directeurs

Yves Charles Zarka

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