Edmund Husserl


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L'auteur

Cet article provient du Dictionnaire des philosophes, sous la dir. de Denis Huisman, 2e édition revue et augmentée, Paris, PUF, 1993.


HUSSERL Edmund, 1859-1938


Une carrière universitaire exemplaire. - Philosophe allemand, né le 8 avril 1859 à Prosznitz en Moravie (Autriche-Hongrie), il fait ses études au lycée d’Olmütz de 1870 à 1876, suit des cours d’astronomie à l’Université de Leipzig (1876-1878), puis se spécialise en mathématiques à l’Université de Berlin (1878-1881) avec Kronecker et Weierstrass comme professeurs il soutient à Vienne, en 1882, dam cette discipline, une thèse de doctorat intitulée Contribution à la théorie du calcul des variations, et retourne l’année suivante à Berlin, où il devient l’assistant de Weierstrass. Mais, en 1884, comme il n’avait jamais cessé, depuis le début de ses études universitaires, de porter à toutes les questions philosophiques, et, en particulier, à celles concernant le fondement des sciences, le plus vif intérêt, il décide de revenir à Vienne pour y suivre l’enseignement de Franz Brentano, qui très vite exerce sur lui une influence déterminante, en l’amenant à ne plus avoir d’autre vocation, désormais, que celle de philosophe.


En octobre 1886, sur la recommandation de Brentano, il s’inscrit en effet à l’Université de Halle pour y passer son habilitation sous la direction de Carl Stumpf et, le 28 juin 1887, il soutient sa thèse Sur le concept de nombre devant un jury où siège Georg Cantor. Il restera privatdocent à Halle jusqu’en 1901, et c’est donc là qu’il fait paraître en 1891 son premier ouvrage, le tome I de la Philosophie de l’arithmétique, mais sans qu’il parvienne à mener à bien ensuite, à cause des très graves difficultés, surtout de méthode, auxquelles il se heurte alors, la rédaction du tome II, pourtant prévu.


Après la publication en 1900 et en 1901 des deux tomes des Recherches logiques, où déjà ces difficultés commencent en grande partie à être surmontées, mais pour en soulever immédiatement toute une série d’autres, plus graves encore, il devient professeur à l’Université de Göttingen (1901-1916), où il a pour collègue le mathématicien Hilbert. Il connaît alors plusieurs années d’une fécondité exceptionnelle, mais qui sont pour lui très pénibles, à cause précisément du genre de voie où, pour résoudre cette problématique devenue désormais universelle, il découvre qu’il va devoir à l’avenir s’engager, en ne pouvant plus se contenter de reprendre à son compte, comme tant d’autres disciples de Brentano avant lui, le vieux projet d’une psychologie intentionnelle, mais en sachant qu’il aura à fonder, radicalement, une philosophie nouvelle, la phénoménologie transcendantale, d’autant qu’à cette époque il se trouve encore très isolé, sans voir ses efforts reconnus, ses collègues ayant même rejeté en 1905, pour “ manque d’importance scientifique ”, sa demande de nomination comme professeur ordinaire (il ne le deviendra que l’année d’après).


Mais il ne tarde pas, toutefois, à acquérir peu à peu une réputation considérable, et, plus spécialement, avec la publication retentissante dans la revue Logos, en 1911, de l’article “ La philosophie comme science rigoureuse ”, qui, en face du naturalisme et de l’historicisme régnant à l’époque, fait figure aussitôt de déclaration-programme. Il devient donc vite chef d’école les élèves commencent à affluer autour de lui, et c’est avec leur concours qu’il fonde une Revue annuelle de recherche phénoménologique (Jahrbuch), où il fait paraître, en 1913, son ouvrage le plus connu, et aussi le plus significatif, puisqu’il résume le mieux ce qui fut dès lors son programme, le livre I des Idées directrices pour une phénoménologie.


En 1916, pour travailler plus au calme, il décide de prendre la succession de Rickert à l’Université de Fribourg, où il enseignera jusqu’à sa retraite en 1929, ayant décliné en 1923 l’offre d’une chaire à Berlin. Quoique depuis 1913 il n’ait plus rien publié, consacrant tout son temps à ses cours et à ses travaux de recherches, sa notoriété cependant commence à dépasser les limites de l’Allemagne, et même celles de l’Europe, pour devenir mondiale. Mais, déjà aussi, le sens même de son œuvre, s’il est repris par de nombreux disciples qui y voient un renouvellement complet de la philosophie, se trouve remis en cause par celui de ses anciens élèves qui devait devenir le plus célèbre, Martin Heidegger, qui avait été son assistant de 1919 à 1923 avant de partir pour Marbourg, et qui revint à Fribourg pour lui succéder, mais dont Être et temps, publié en 1927 dans le volume VIII du Jahrbuch, se situe aux “ antipodes ” de la voie qu’il avait voulu, lui, tracer.


En 1929, il publie Logique formelle et logique transcendantale, et est invité par la Société française de Philosophie à prononcer à la Sorbonne quatre conférences sur l’Introduction à la phénoménologie transcendantale, dont le texte, remanié, paraîtra directement en français en 1931 sous le titre de Méditations cartésiennes. Jamais autant qu’alors les inédits qu’il rédige presque quotidiennement, ainsi qu’il l’avait fait depuis le début de sa carrière, n’ont atteint une telle puissance, et il commence à les classer avec l’aide de ses assistants, Ludwig Landgrebe et Eugen Fink, qui relayent dans cette tâche Edith Stein. Après l’arrivée de Hitler au pouvoir en 1933, il refuse de partir pour les États-Unis. En 1935, répondant à l’appel pressant que lui lance le Cercle philosophique de Prague, il s’exprime sur la situation actuelle de la philosophie, et réussit à faire paraître à Belgrade, dès 1936, les deux premières parties de La crise des sciences européennes. Il meurt le 29 avril 1938 en demandant à être incinéré pour éviter que sa tombe ne soit profanée par les Nazis.



Une œuvre en grande partie inédite. — L’œuvre philosophique de Husserl ne se réduit donc pas aux quelques livres, peu nombreux, qu’il fit lui-même paraître mais, en raison du programme, toujours plus vaste, qu’il ne cessa de vouloir y remplir, comme en raison aussi du moyen technique auquel, pour mener à bien un tel effort, il choisit d’avoir recours, elle finit par atteindre des proportions monumentales dont, tant qu’il vécut, il était impossible, sauf à ses élèves les plus proches, de mesurer l’ampleur. Très tôt, en effet, devant la réouverture incessante des nouveaux champs de thématisation sur lesquels, de proche en proche, il était amené à déboucher, il décida, pour que rien ne vienne ralentir le rythme vivant de sa pensée, de rédiger tous ses textes de recherche en sténographie et il laissa ainsi à sa mort une masse d’inédits d’à peu près 40 000 pages. Certains d’entre eux avaient été déjà retranscrits avant qu’il ne disparaisse (comme, par exemple, ceux sur La conscience intime du temps, datant de 190, que Heidegger publia en 1928 dans le tome IX du Jahrbuch, ou ceux que Landgrebe réunit dans un volume à Prague en 1939 sous le titre Expérience et jugement, Recherches sur la généalogie de la logique) mais la plupart, cependant, étaient restés en l’état et il faudra donc toujours avoir une reconnaissance infinie au R.P. Van Bréda qui, dès la fin de 1938, comprit qu’il devait aller les chercher à Fribourg pour qu’ils échappent au risque de destruction totale qui alors pesait sur eux. Il les ramena clandestinement en Belgique, les déposa à l’Université de Louvain, et après la guerre, y fonda les Archives Husserl, où, depuis lors, des générations de chercheurs se sont succédé pour en assurer la publication. Deux autres dépôts existent à Cologne, et à Paris, à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. Vingt-huit volumes (sigle Hua) ont déjà paru.


Il serait absurde, assurément, aujourd’hui, de sous-estimer l’importance des ouvrages que Husserl livra, de sa propre initiative, au public, puisqu’ils restent, de toute façon, pour reconstituer les étapes de la trajectoire qu’il a suivie, des points de repère indispensables mais ce que maintenant, toutefois, à l’aide de ces publications, il est devenu possible de découvrir, c’est la série continue des motifs qui l’ont conduit, sans relâche, à renouveler ainsi en tout sens ses orientations thématiques, mais sans qu’il ne cesse jamais, pourtant, de les rattacher de très près à l’axe central autour duquel elles avaient encore à s’ordonner, alors que les contemporains, privés, eux, de la cartographie de ce réseau de liaisons souterraines, ne pouvaient y voir, à chaque fois, que les plans de fracture. Ce qu’il devra donc s’agir ici, avant tout, de dégager, c’est l’enchaînement de tous ces écarts, tel que désormais nous pouvons beaucoup mieux en saisir le sens général dans son unité systématique, et avec, notamment, l’apport si précieux des Cahiers de cours, qui ont constamment assuré la jonction entre les œuvres publiées et tous ces innombrables fragments inédits.



Le point de départ : l’application du principe de l’intentionnalité de la conscience à l’origine des mathématiques. — Toute l’originalité de Husserl a consisté, dès son point de départ, quand il a choisi son sujet de thèse d’habilitation en 1886, à vouloir appliquer le principe de l’intentionnalité de la conscience, qu’il avait reçu en héritage de son maître Brentano, à la discipline même dans laquelle, jusque-là, il avait voulu se spécialiser : les mathématiques car, dès lors, ce n’était plus, paradoxalement, à un domaine particulier, comme avant lui l’avaient fait les autres élèves de Brentano, qu’il était ainsi conduit de façon restrictive, mais ses recherches s’ouvraient aussitôt sur l’intégralité des régions que toute théorie de la connaissance, qui se veut complète, doit recouvrir, en ayant en effet à se rééchelonner, comme y incite précisément toute analyse portant sur l’origine du nombre, depuis les niveaux ontologiques inférieurs des choses, comme totalités synthétiques matérielles, jusqu’à ceux, supérieurs, où seules, dans des ensembles d’objets quelconques, interviennent idéalement des relations analytiques formelles mais il est vrai que, si ainsi déjà tous les différents champs d’objectivité possibles se trouvent directement ou indirectement réinterrogés, la difficulté principale devient vite aussi celle de savoir comment réarticuler, par rapport à ce décalage vertical entre deux genres d’a priori objectifs, supposé déjà rétabli dans ses stades de formation les plus caractéristiques, la fonction exercée, transversalement cette fois, par les vécus de la subjectivité intentionnelle, puisque c’est elle l’unique instance qui, à l’origine, a pu ouvrir l’accès à une telle série de seuils, à partir d’un état où il n’y avait encore, en face d’elle, à apparaître que des complexes dépourvus de tout sens objectif (des “ unités inanalysées ”), et qu’elle a transformés peu à peu, mais sans qu’il soit possible néanmoins de lui attribuer, finalement, à elle seule, la responsabilité de la dissymétrie entre ces deux types de structures ontologiques, sous peine autrement de leur retirer, à l’un et à l’autre, comme à l’ensemble de leurs rapports mutuels, toute charge de validité transcendante.



La série des zigzags entre les deux positions extrêmes du psychologisme et du logicisme. — C’est autour de ce dispositif triangulaire entre un a priori subjectif, non encore explicitement reconnu, mais déjà réinvesti virtuellement de toute sa puissance fondatrice de sens, et deux a priori objectifs, irréductiblement différents, et pourtant toujours plus ou moins associés, que les différentes prises de positions successives de Husserl se sont distribuées de 1887 à 1901, en paraissant être contradictoires, mais en suivant toutefois, en fait, la progressivité d’une démarche thématique qui aboutissait à un type général de solution de plus en plus satisfaisant. En 1891, d’abord, Husserl, prenant appui sur les niveaux les plus bas du fonctionnement intentionnel, avant qu’il n’ait bifurqué, au-delà de sa première orientation, matérielle, vers une seconde, formelle, donne l’impression de se rallier à une attitude psychologique, puisqu’il refuse, contre Frege, d’introduire ensuite une rupture d’où se détacherait, entre des concepts purement logiques, un domaine de relations signifiées, ainsi que le montre assez son identification de l’arithmétique, comme science, à l’art d’établir, par les meilleurs moyens perceptifs qui soient imaginables, des algorithmes. Puis, en 1896, dans un cours qui, sots le nom de Prolégomènes à la logique pure, devait devenir le tome I des Recherches logiques, il semble adopter le parti contraire, en niant qu’une science puisse avoir autre chose pour soubassement qu’une théorie idéale et il revient donc catégoriquement sur la condamnation qu’il avait portée contre Frege, pour s’aligner sur une position logiciste, avec le rejet de tout conditionnement de la connaissance par des facteurs psychologiques. Enfin, en 1901, avec les Six Recherches du tome II, il démultiplie les tentatives pour essayer de combler l’intervalle laissé dès lors béant entre cette apriorité objective idéale et la subjectivité intentionnelle, renouant par là avec les analyses de la Philosophie de l’arithmétique, mais sans oublier désormais, cependant, quand il doit rétablir ainsi le contact avec l’a priori synthétique matériel, de montrer, avec surtout l’idée d’une grammaire pure, comment les attitudes intentionnelles doivent procéder, au centre même de leur développement, à un changement fondamental de modèle de référence ontologique, sur le seuil qu’elles franchissent quand elles passent de leurs modes perceptif et imaginaire à leur mode signitif, ce qui complète donc, dans une mesure très importante, le contenu des descriptions de 1891, en les affinant par de nombreuses séries de distinctions, mais sans qu’en soit bouleversée toutefois l’économie, puisque le renvoi au principe de l’intentionnalité s’y trouve, plus que jamais, réaffirmé.



Le réapprofondissement des soubassements esthétiques de la vie intentionnelle, rapportée maintenant à ses trois modalités canoniques, avec les recherches sur le temps et sur l’espace. — L’ensemble du système de la vie intentionnelle ayant été ainsi définitivement rééquilibré vers le haut, par opposition à sa limitation initiale, Husserl peut alors procéder, tout en conservant les résultats déjà établis dans cette direction, à un nouveau renversement d’orientation thématique, pour réapprofondir les niveaux esthétiques inférieurs qu’il avait sans doute déjà traversés une première fois, au début de la Philosophie de l’arithmétique, lorsqu’il avait montré que le nombre se situe au-dessus des déterminations temporelles et spatiales, mais qu’il n’avait explorés que grossièrement encore, et qui, maintenant, passent au premier plan de ses intérêts.


Il commence donc, dans un Cours de 1904 (Hua XXIII), par procéder à une description beaucoup plus poussée de la modalité imaginaire, située en position médiate entre l’emplacement généalogique qu’occupe la modalité perceptive, et l’emplacement téléologique occupé, lui, par la modalité signitive, et auquel un Cours de 1908 (Hua XXVI), extrêmement important, sera consacré, de sorte que c’est bien déjà le groupe des lois d’essence commandant les rapports entre ces trois modes canoniques de l’intentionnalité, qui devient le centre de gravité du dispositif suivant lequel tout le milieu intentionnel doit être traité.


Mais surtout, dès lors que ces instances d’ordre subjectif se trouvent rétablies, en permettant d’expliquer le rapport de compatibilité, dans la différence, entre les deux a priori objectifs, Husserl peut radicaliser le sens d’une telle démarche, pour la reconduire vers les deux secteurs les plus originaires de la vie intentionnelle que sont, d’une part, son ouverture sur les dimensions du temps (Cours de 1905, Hua X), dans le mouvement par lequel, en se donnant contregénéalogiquement les moyens de doubler, par la “ rétention ” (souvenir primaire) et par la “ reproduction ” (souvenir secondaire), tous ses déplacements sur de nouveaux “ présents vivants ”, elle parvient à unifier les moments de ce flux qui contretéléologiquement la traverse, et, d’autre part, son ouverture sur les dimensions de l’espace (Cours de 1907, Hua XVI), où elle doit substituer aux mouvements de type primordial que, par sa “ corporéité ”, elle accomplit (ses “ kinesthèses ”), la référence à ceux qui se situent uniquement, eux, dans le milieu indépendant d’un espace objectif.



La méthode de la réduction transcendantale comme seule voie d’accès possible au traitement des vécus intentionnels. — Ce retour vers les niveaux esthétiques permet à Husserl, entre 1907 et 1913, de résoudre enfin, dans des conditions méthodologiques satisfaisantes, le problème de la réarticulation de l’a priori subjectif sur le monde, que jusqu’alors il n’avait pu aborder, immanquablement, qu’à l’envers, mais qui, réénoncé à l’endroit, va pouvoir reprendre tout son sens.


Husserl en effet peut désormais doubler cette remontée à travers le temps et l’espace vers le stade primitif du pur “ apparaître ”, par l’élaboration explicite d’un type de démarche, non plus simplement thématique, et par là assez naïf, mais d’ordre essentiellement réflexif, et pouvant justifier ainsi ce qui va être sa radicalité la plus extrême, une fois constaté le sens, toujours unilatéral, où l’intentionnalité a fonctionné jusque-là : à savoir la “ mise entre parenthèses ” de tout ce à quoi la conscience actuellement se réfère aussitôt comme à de l’être transcendant, c’est-à-dire une “ réduction phénoménologique ” par laquelle l’intentionnalité doit chercher, dans le sens inverse de celui qu’elle a spontanément suivi, à se rééloigner, en arrière, de toutes ses prises de positions ontiques et ontologiques, mais sans qu’elle ait à porter contre elles aucune négation, ayant là à rester seulement “ neutre ”, puisque tel est bien l’unique moyen dont elle dispose pour pouvoir se réorienter exclusivement vers ses vécus, et se demander comment tout, à l’origine, a pu lui apparaître.


La phénoménologie transcendantale, avec le tome I des Idées de 1913, se trouve donc définitivement fondée comme telle, en s’appuyant sur l’affirmation que l’intentionnalité a en elle-même le pouvoir d’échapper à l’emprise qu’a jusque-là exercée sur elle la “ réalité naturelle ”, sous l’effet même du mouvement projectif qui l’a conduite, dès qu’elle a commencé à se développer, à former une “ thèse générale du monde ” car, désormais, au terme de cette “ mise hors circuit ” de toute transcendance, il ne peut certes plus subsister, comme champ d’intérêt, que la “ perception immanente ” que l’ “ Ego pur ” a de lui-même, de ses états et de ses actes, dans cette région “ résiduelle ” qu’il occupe, fût-elle primordiale mais, contre les “ fausses interprétations ” qui refusent précisément d’admettre cet “ être premier ” de l’Ego, il faut hautement proclamer “ le principe des principes ”, suivant lequel ce sont toutes les “ apparitions ” vécues par la conscience, dans ce “ commencement absolu ” où elles se placent, qu’il faut d’abord décrire, selon leurs divers “ degrés de clarté ”, parce que leur “ mode de donation ”, malgré cette diversité, reste toujours de plein droit “ apodictiquement certain ”, alors que celui des “ apparaissants ”, qui ne peut tout au plus que “ s’esquisser ”, relève du leur, ayant toujours eu besoin, transcendantalement, d’être fondé.



La difficulté posée par le passage à la méthode inverse de la constitution avec la phase intercalaire des noèmes. — Mais le mouvement ainsi amorcé d’une “ phénoménologisation ” des vécus intentionnels, jusqu’alors inattentifs à leur propre caractère “ phénoménique ”, ou, mieux, comme le disait Husserl entre 1907 et 1910, par un terme plus révélateur, “ phansique ”, ne peut circulairement manquer de déboucher bientôt sur la question de savoir par quel système de médiations appropriées il va pouvoir renouer avec toutes ces couches de sens et de sens d’être, déjà immédiatement constituées dans l’ “ attitude naturelle ”, puisque c’est l’immense parcours qui a primitivement conduit à leurs formations respectives, dont il doit s’agir par là de reconstituer les étapes, en évitant ainsi de susciter l’impression absurde qu’un tel Ego pur ne vivrait dans aucun monde, comme si le projet de soumettre la “ réalité ” à l’examen de la “ raison ”, afin d’expliciter la production originaire de tout sens, était donc, par principe, voué à l’échec.


Or, pour prouver le contraire, Husserl commence à introduire ici l’instance décisive des “ noèmes ”, corrélats semi-extériorisés des “ noèses ”, définies, elles, comme actes purement immanents de l’Ego et il peut ainsi déjà rééchelonner beaucoup mieux les stades intermédiaires du développement intentionnel, entre le milieu où les vécus se généalogisent et se téléologisent, et les structures ontiques et ontologiques d’un fondement, indifférent en soi à ces vécus mais il n’ose pas aller pourtant jusqu’au bout de cette solution, de toute manière éminemment complexe, puisqu’elle impliquerait, au préalable, le traitement définitif de la différenciation entre les trois modalités canoniques de l’intentionnalité, alors que ces lois d’essence de la fondation de l’a priori subjectif demeurent toujours, depuis 1901, et malgré les améliorations apportées, un immense chantier inabouti et donc il ne fait là, en réalité, que venir buter à nouveau, et sans l’amener alors à un degré d’élaboration très supérieur, sur la même distinction que celle qu’il avait déjà rencontrée vingt ans plus tôt, en 1894, quand il avait découvert la fameuse triade établie par Twardowski entre “ acte, contenu et objet ”, et qu’il avait écrit un article capital, intitulé “ Objets intentionnels ”, mais en renonçant en fin de compte à le publier, ce qui montrait à quel point il était perplexe et en effet, depuis lors, il n’avait cessé à cet égard de varier, passant du pour au contre, selon qu’il donnait le privilège, comme de 1896 à 1901, aux seules structures des deux a priori objectifs, mais sans montrer comment les vécus avaient pu les rejoindre en basculant du côté des “ étants ”, ou selon qu’à l’inverse il réinvestissait ces corrélats noématiques d’une fonction médiatrice, mais sans curieusement alors, comme en 1913, chercher à en détailler de plus près les différents genres respectifs d’intervention.



L’application de cette double méthode à la corporéité vivante de l’Ego entre le monde de la nature et celui de l’esprit. — Qu’il y ait ainsi à s’exercer deux énormes groupes de structures, irréductiblement différents, et qui cependant ne cessent jamais de s’entrecroiser, et même deux fois, chacun empiétant, par les effets qu’il y induits, sur le domaine de l’autre, ce qui soulève donc, devant toute tentative pour les décrire, des difficultés à peu près inextricables, c’est ce qui doit assurément expliquer que Husserl, lorsqu’il a découvert cet état d’extrême enchevêtrement des champs thématiques nouveaux dont il s’ouvrait maintenant l’accès au centre même de la corrélation intentionnelle, ait dû différer, finalement, la publication, pourtant très attendue, des autres tomes des Idées, en particulier du second, quoiqu’il ait toujours continué à suivre scrupuleusement ses deux méthodes conjuguées de la réduction et de la constitution, et pour parvenir par là au moins à montrer, à défaut de fournir déjà des solutions définitives, à quelles dimensions universelles pouvait atteindre, sans préjudice pour l’ontologie, une philosophie qui pourtant ne s’était plus voulue, au départ, que phénoménologique.


C’est d’abord le réenveloppement primordial, de côté et vers le bas, du milieu subjectif des vécus dans les dimensions immédiates du fondement synthétique matériel, qui ici se trouve en premier lieu thématiquement réintroduit, l’Ego pur devant être maintenant considéré comme possédant déjà aussi, en fait, une existence, qu’il doit à ce qu’il est né “ Ego-homme ”, appartenant en effet, comme l’un de ses “ animalia ”, au monde d’une“ nature ” qui l’a “ allocalisé ” à une “ corporéité ” à partir de laquelle seulement il a pu voir surgir, en face de lui, des “ apparitions ”, puisque tout ce à quoi ensuite il a pu donner sens a dû commencer par se présenter à lui à travers les “ aisthéta ” de sa passivité primaire. Ainsi, par son en-deçà même, l’Ego transcendantal s’est depuis toujours trouvé “ conditionné ” non pas tant par un a priori objectif que par une “ nature ”, en ayant reçu d’elle des “ motifs ” par rapport auxquels, en déployant ses “ kinesthèses ”, il s’est “ orienté ” et cela n’a pas pu, certes, le dispenser de se donner tout un système médian des “ noèses ” mais désormais, avec ses “ noèmes perceptifs ”, il se réenroule dans une trajectoire courbe l’inclinant vers des “ couches sensibles ” inférieures, puisque, pour “ normaliser ” ses visées, il doit se déconditionner du centrage “ solipsiste ” où il est pris quand il ne se règle que sur ses “ apparitions ”, afin de rejoindre ainsi un univers physique possédant en lui-même ses propres lois.


Mais un nouveau retournement, vertical cette fois, s’opère, puisqu’en plus il ne faut pas seulement réinlercaler entre l’Ego et sa “ corporéité ” une “ psyché ” où les effets de ses activités passées, sous forme de passivité secondaire, sont sédimentés, mais qu’il faut aussi, avec la réinsertion de tous les autres “ animalia ” qui apparaissent à chaque Ego comme des “ supports ” d’autres Ego intentionnels, montrer comment toutes ces “ réalités psychiques ” qu’ils ont constituées ensemble ont conduit à former autant de “ mondes de l’esprit ” en fonction desquels cette “ nature ” même a vu son sens originaire se transformer car tout Ego transcendantal, immédiatement, appartient aussi à une “ communauté de personnes ” à laquelle il emprunte ses “ motifs ” d’ordre supérieur, de sorte qu’il se trouve là, de côté toujours, mais vers le haut, réenveloppé dans un univers “ spirituel ”, auquel il faut finalement donner une “ préséance ontologique ”, puisque c’est lui qui conditionne le sens des couches fondées dont désormais dépendent les couches fondatrices elles-mêmes.



L’invasion de la problématique de la constitution d’autrui au centre même du système des médiations qui doivent relier la phénoménologie à l’ontologie. — C’est à ce nouveau type intercalaire de problématique constitutive, soulevé précisément par la formation, pour tout développement intentionnel, de son rapport nécessaire d’appartenance à une communauté intersubjective de “ monades ” qu’il faut attribuer le renoncement définitif par Husserl, à la fin des années 20, à son programme des Idées, datant du début des années 10 et à son projet d’écrire, au début des années 30, un nouvel ouvrage fondamental, où cette question, qu’il n’avait découverte, assez tard, qu’en 1905, devait occuper précisément une position centrale, ainsi que l’atteste la masse des textes, portant sur cette relation d’ “ empathie ”, qui ont été déjà publiés (Hua XIII, XIV et XV), et où un tel rééquilibrage au milieu du système même des médiations intentionnelles est manifeste.


Husserl sépare toujours, certes, en hauteur, une esthétique et une logique, puisque seul ce découpage permet de resituer à leurs places modalités inférieures et supérieures, ainsi que l’a confirmé le chef-d’œuvre de 1929 : Logique formelle et logique transcendantale mais, comme le prouvent ensuite, exemplairement, les Méditations cartésiennes (la cinquième, où ce problème est abordé, formant, par rapport aux autres, comme une gigantesque excroissance), il faut tirer toutes les conséquences de cette “ implication de l’eidos de l’intersubjectivité transcendantale dans l’eidos du Je transcendantal ” car chaque Ego, au cours de la “ normalisation ” qui le conduit, entre l’en-deçà de sa généalogie et l’au-delà de sa téléologie, aux deux a priori objectifs, doit aussi passer, et même d’abord par une phase où, à défaut de pouvoir jamais se “ présenter ” directement aucun autre “ flux ” que le sien, il a pourtant à apprendre, de côté, à s’ “ apprésenter ” tous ceux, analogues, qui exercent sur lui, par leur intentionnalité, certains effets, parce qu’il doit eux aussi les considérer comme des “ moi purs ” et s’il demeurera donc, lui, attaché, mais comme eux aux leurs, à sa seule “ sphère d’appartenance primordiale ”, ce qui justifie l’emploi réflexif d’une “ réduction monadique ”, il n’y a là que le revers d’un mouvement constitutif où son insertion dans un ensemble d’ “ alter Ego ” a été, par l’échange de son “ hic ” propre et du “ illic ” des autres, la condition même de la formation commune, par eux tous, d’une seule et même “ nature ”. Or, comme ce sont, de proche en proche, tous ses types d’attitude qui ont été ainsi, dans leur sens “ onto-noématique ”, conditionnés par autrui, il faut faire de cette “ harmonie des monades ” une “ communauté archontique ”, puisque c’est elle qui a imposé à tous les êtres du monde, humains et non-humains, sa “ téléologie universelle ”.



L’ultime réflexion sur l’état éminemment critique de la philosophie actuelle sous l’effet des présuppositions inhérentes au modèle de connaissance physicaliste du monde moderne. — Mais si Husserl n’eut pas le temps d’achever cette œuvre systématique qu’il avait projetée de 1930 à 1935, et où il aurait enfin abordé directement toutes les questions que pose le fonctionnement de l’intentionnalité, considéré désormais aussi, et même surtout, dans ses conditions d’exercice intersubjectives, et non plus seulement, comme plus tôt, par rapport à ses champs d’application interobjectifs, il réussit toutefois à mener à bien une ultime réflexion sur les motifs qui ont conduit la philosophie moderne, depuis Galilée et Descartes, à recouvrir de plus en plus la découverte même du “ subjectivisme transcendantal ” qu’elle opérait déjà pourtant en revenant aux opérations fondatrices de sens des vies intentionnelles dont les communautés ont, en se succédant, formé l’histoire, sous un “ objectivisme physicaliste ”, incapable, lui, de comprendre la signification originaire de la mathesis universalis sur laquelle néanmoins il prétend s’appuyer, puisqu’il en applique aussitôt les effets, sans en fournir de justification, à l’ “ universum ” de la “ nature”, et donc aussi à l’intentionnalité elle-même qui seule cependant a pu faire apparaître une telle “ entéléchie ”.


La “ crise ” des sciences consécutive à cet événement, le plus fondamental, depuis la naissance de la géométrie en Grèce, de toute l’histoire, vient donc de cette immense distance qui s’est creusée entre les résultats théoriques les plus parfaits de la production intentionnelle sur l’a priori analytique formel, mais qui ensuite ont été reprojetés naïvement sur l’ensemble des choses matérielles, supposé entièrement “ objectivisable ” d’emblée, et le développement fondateur primitif d’où en fait ils sont issus, et qui donc ne pourra être à son tour décrit, selon le seul modèle qui lui convienne, celui de la “ clarification ” du “ télos ” qui l’a ainsi animé, que s’il est rejoint sur le lieu même où il s’exerce, c’est-à-dire dans un “ monde de la vie ” toujours déjà donné avant même que les flux qui y sont immergés par leurs généalogies ne puissent s’en apercevoir, et sans donc que jamais non plus aucune “ téléologie ” historique, même celle qui vise à en établir à sa manière une “ épistémé ”, ne puisse les arracher à l’état de “ doxa ” où ils se présentent d’abord, et pour s’y reconduire, ensuite, dans une circularité indéfinie.


Or, comme toute la psychologie des Temps modernes s’est, selon ce même “ dualisme ”, révélée elle aussi “ à double face ”, en associant dans l’ambiguïté le retour vers l’Ego pur et l’emploi d’un modèle d’ “ explication objectiviste”, il faudra donc que le phénoménologue se réengage, lui, en tant que “ fonctionnaire de l’humanité” et, pour lutter contre les effets d’un tel oubli, dans celle exclusivement de ces deux directions où il pourra enfin interroger, “ en retour ”, toutes les couches de sens sédimentées de sens que la tradition lui transmet mais, pour cela, il faudra donc aussi qu’il inverse la trajectoire que l’Ego pur a jusque-là suivie, afin qu’ainsi, en deçà de toute prise de position sommairement “ ontique ”, il redécouvre “ les immenses horizons de l’intentionnalité constituante ”, doublés des “ corrélais ” qui y ont été alors produits, et autour desquels l’histoire s’est ordonnée, même si par là elle a dis se rendre à elle-même incompréhensible, en refermant derrière elle à chaque fois le seuil même qu’elle venait de franchir.



L’héritage husserlien et le problème universel de l’articulation des trois modalités canoniques de la fondation transcendantale sur toutes les couches du fondement transcendant. — Il ne faut pas cependant attribuer l’appel assez pathétique tancé ainsi par Husserl en 1936 à la philosophie moderne afin qu’elle redevienne un “ combat pour le sens de l’homme ”, aux seuls événements dramatiques auxquels à l’époque l’Europe allait être bientôt affrontée, mais aussi à un genre de difficulté intrinsèquement philosophique, que Husserl n’avait pas réussi à résoudre, et qu’il laissait donc en héritage à ses successeurs, dans des conditions, toutefois, qui ne pouvaient manquer d’être pour eux très embarrassantes, sinon même insurmontables pendant plusieurs générations car, sous l’effet du réélargissement auquel il avait sans cesse soumis, dans ses dimensions à la fois externes et internes, sa phénoménologie transcendantale, pour y réintercaler tous les types de médiations requis entre les deux a priori objectifs et l’a priori subjectif, il n’avait pu leur transmettre ce problème central ou bien qu’à travers plusieurs formulations trop discontinues, dans les œuvres qu’il avait publiées de son vivant, pour qu’ils puissent, eux, en apercevoir aussitôt toutes les implications, ou bien, dans ses inédits, au contraire, qu’à travers un foisonnement de tentatives menées d’une manière désordonnée en tout sens, chacune étant en soi certes très suggestive, mais en pouvant aussi leur apparaître toutes, une fois connues, mal liées entre elles, comme tiraillées, suivant qu’elles privilégiaient dans leur orientation la téléologie sur la généalogie ou l’inverse, par deux genres de motifs nettement opposés, qui risquaient donc dé masquer, pendant un temps assez long, la charge d’unifiabilité systématique dont pourtant, depuis le début, il les avait investis.


Que Husserl ait lui-même pressenti, quand il a lu l’Être et Temps de Heidegger, qu’il y avait là, pour le mouvement philosophique qu’il avait fondé, une menace de dérive extrêmement grave, puisque c’était la méthode des allers et retours entre la réduction et la constitution, telle qu’il l’avait pratiquée constamment, qui risquait, par son instabilité, de perdre toute valeur, au profit d’une“ onlologie fondamentale ” dont la subjectivité, par son statut d’ “ étant ”, serait tributaire, et qui ne pouvait, elle alors, qu’exclure toute interrogation d’ordre transcendantal, c’est ce que prouvent assez ses marginalia sur l’ouvrage de son ancien assistant, et dont nous pouvons prendre connaissance aujourd’hui mais aussi une telle prémonition n’a-t-elle pu lui être, en fait, d’aucun secours et, dés les années 30, la phénoménologie n’a donc commencé à se perpétuer elle-même comme une tradition qu’en enfouissant derrière elle ses origines, pour s’entrelacer continuellement à une “ question de l’être ” où il ne pouvait plus y avoir de place pour une activité téléologique dont le “ phénomène ”, en tant que tel, et selon ses lois de fonctionnement propres, eût été l’unique moteur.


Et pourtant ce mouvement même par lequel la phénoménologie a tendu, pendant plusieurs générations, à se reprojeter au-delà d’elle-même sur un autre lieu que le sien, n’a pas pu interrompre la transmission de cette problématique centrale, même si son traitement a été différé jusqu’ici, qui porte sur l’ensemble des rapports suivant lesquels les structures qui sous-tendent les déplacements généalogiques et téléologiques de la fondation transcendantale doivent finir par se réarticuler sur celles, purement ontiques et ontologiques, du fondement transcendant. Car c’est bien autour du sens à donner au double réseau des rapports réversibles, mais non permutables, entre les deux milieux de la corrélation, qu’ont continué à se situer, malgré cette dérive, tous ceux qui se sont définis d’une façon quelconque par rapport à la phénoménologie, notamment dans l’école française, autour de la question des relations entre la modalité perceptive et la modalité imaginaire, suivant que c’était l’une comme “ pli ” dans l’être, ou l’autre comme “ trou ”, qu’il fallait considérer comme la plus caractéristique : si incomplètes en effet qu’aient été leurs descriptions en laissant de côté la modalité significative, il se produisait bien là pourtant un réapprofondissement de ce que l’héritage qui leur avait été légué par Husserl avait eu de plus canonique, puisque ainsi était réamorcé, fùt-ce à leur insu, le traitement de la trimodalisalion de l’intentionnalité, comme celle, corollaire, des stades de formation des couches d’être et de sens d’être du milieu objectif, à travers le déploiement d’une“ téléologie universelle ” où toutes les communautés de l’ “ humanité transcendantale ”, passée, actuelle et aussi future, se trouvent liées “ intermonadiquement ” les unes aux autres. Cette tâche reste aujourd’hui plus primordiale que jamais.



l Œuvres complètes. — Husserliana, Edmund Husserl, Gesammelte Werke, Martinus Nijhoff Publishers (Kluwer Academic Publishers Group), The Hague / Boston / Lancaster Bd. I, Cartesianische Meditationen und Pariser Vorträge, 1950 Bd. II, Die Idee der Phänomenologie, 1950 Bd. III, Ideen zu einer reinen Phänomenologie und phänomenologischen Philosophie, Erstes Buch, 1950 Bd. IV, Ideen zu einer..., Zweites Buch, 1952 Bd. V, Ideen zu einer... Drittes Buch, 1952 Bd. VI, Die Krisis der europäischen Wissenschaften und die transzendantale Phänomenologie, 1954 Bd. VII, Erste Philosophie, Erster Teil, 1956 Bd. VIII, Erste Philosophie, Zweiter Teil, 1959 Bd. IX, Phänomenologische Psychologie, 1962 Bd. X, Zur Phänomenologie des inneren Zeitbewussteins, 1966 Bd. XI, Analysen zur passiven Synthesis, 1966 Bd. XII, Philosophie der Arithmetik, 1970 Bd. XIII, Zur Phänomenologie der Intersubjektivität. Erster Teil (Nachlass, 1905-1920), 1973 Bd. XIV, Zur Phänomenologie des Intersubjektivität, Zweiter Teil (Nachlass, 1921-1928), 1973 Bd. XV, Zur Phänomenologie der Intersubjektivität, Dritter Teil (Nachlass, 1921-1935), 1973 Bd. XVI, Ding und Raum, 1973 Bd. XVII, Formale und transzendantale Logik, 1974 Bd. XVIII, Logische Untersuchungen, Erster Band, 1975 Bd. XIX, Logische Untersuchungen, Zweiter Band, 1984 Bd. XX, Logische Untersuchungen, Ergänzungsband (Nachlass, 1911-1917), en prép. Bd. XXI, Studien zur Arithmetik und Geometrie, 1983 Bd. XXII, Aufsätze und Rezensionen (1890-1910), 1979 Bd. XXIII, Phantasie, Bildbewusstsein, Erinnerung (Nachlass, 1898-1925), 1980 Bd. XXIV, Einleitung in die Logik und Erkenntnistheorie, 1984 Bd. XXV, Aufsätze und Vorträge (1911-1921), 1987 Bd. XXVI, Vorlesungen über Bedeutungslehre (1908), 1987 Bd. XXVIII, Ausätze und Vorträge (1922-1937), 1989 Bd. XXVII, Vorlesungen über Ethik und Wertlehre (1908-1914), 1988 Bd. XXIX, Die Krisis der europäischen Wissenschaften und die transzendantale Phänomenologie, Ergänzungsband (Nachlass, 1934-1937), 1992 Bd. XXX, Logik und allgemeine Wissenschaftstheorie, Vorlesungen 1917-1918, 1996 Bd. XXXI, Aktive synthesen, Aus der Vorlesung Transzendantale Logik 1920-1921, 2000 Bd. XXXII, Natur und Geist, Vorlesungen Sommersemester 1927, 2000 Bd. XXXIII, Die “ BernauerManuskripte” über Zietbewusstein 1917-1918, 2001 Bd. XXXIV, Zur phänomenologischen Reduktion (Nachlass 1926-1935), 2002 Bd. XXXV, Einleitung in die Philosophie, Vorlesungen 1922-1923, 2003 Bd. XXXVI, Transzendantaler Idealismus (Nachlass 1908-1921), 2003 Materialienbänden : 1. Logik, Vorlesung 1896, 2001 2. Logik, Vorlesung 1902-1903, 2001 3. Allgemeine Erkenntnistheorie, Vorlesung 1902-1903, 2001 Briefwechsel, 1993.


Œuvres traduites. — Philosophie de l’arithmétique (1891), par J. English, puf, 1972 Articles sur la logique (1890-1913), par J. English, puf, 1975 Sur les objets intentionnels (Twardowski-Husserl), articles et recensions (1893-1901), par J. English, 1993, Vrin Recherches logiques, par H. Elie, A. Kelkel et R. Scherer, t. 1 (1900), Prolégomènes à la logique pure, puf, 1969, t. 2 (1901), Recherches pour la phénoménologie et la théorie de la connaissance, Première partie : “ Recherches ”, I, II, puf, 1969 Deuxième partie, “ Recherches ” III, IV, V, puf, 1972 t. 3 (1901), Éléments d’une élucidation phénoménologique de la connaissance, “ Recherche ”, VI, puf, 1974 Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps (1904-1905), par H. Dussort, puf, 1970 L’idée de la phénoménologie, Cinq Leçons (1907), par A. Lowith, puf, 1970 Chose et espace, Leçons de 1907, par J.-F. Lavigne, puf, 1989 Leçons sur la doctrine de la signification (1908), par J. English, 1995, Vrin Problèmes fondamentaux de la phénoménologie, Leçons de 1910-1911, par J. English, puf, 1991 La philosophie comme science rigoureuse (1911), par M. de Launay, puf, 1989 Idées directrices pour une phénoménologie, t. 1 : Introduction générale à la phénoménologie pure (1913), par P. Ricœur, Gallimard, 1950 t. 2 : Recherches phénoménologiques pour la constitution, par E. Escoubas, puf, 1982 t. 3 : La phénoménologie et les fondements des sciences, par D. Tiffeneau, à paraître, puf Philosophie première (1923-1924). première partie, Histoire critique des idées, par A. Kelkel, puf, 1970 Deuxième partie, Théorie de la réduction phénoménologique, par A. Kelkel, puf, 1972 Logique formelle et logique transcendantale (1929), par S. Bachelard, puf, 1957 Phénoménologie, in Encyclopedia Brittanica, par C. V. Salmon, in Tableau de la philosophie contemporaine, 1957, Fischbacher Postface à mes “ Idées ” (1930), par A. Kelkel, in Revue de Métaphysique et de Morale, 1954, no 4 Méditations cartésiennes, Introduction à la phénoménologie, par G. Peiffer et E. Levinas, Vrin, 1931 Le monde du présent vivant et la constitution du monde ambiant extérieur au corps propre (1931), par J.-F. Lavigne, in Revue Philosophie, Minuit, 1986, no 9 Recherches fondamentales sur l’origine phénoménologique de la spatialité de la nature. L’arche originaire Terre ne se meut pas (1934), par Didier Franck, in Revue Philosophie, 1984, no 1 La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale (1936), par G. Granel, Gallimard, 1976 L’origine de la géométrie (1936), par J. Derrida, puf, 1962 Expérience et jugement, Recherches en vue d’une généalogie de la logique (1939), par D. Souche, puf, 1970 Correspondance Frege-Husserl, par G. Granel, ter, 1987 Notes sur Heidegger, par D. Franck, Minuit, 1993 Méditations cartésiennes et les Conférences de Paris, par M. de Launay, PUF, 1994 Autour des Méditations cartésiennes (1929-1932), par N. Depraz, P. Vendevelde et M. Richir, Millon, 1998 Introduction à la logique et à la théorie de la connaissance, cours 1906-1907, par L. Joumier, Vrin, 1998 Sur l’intersubjectivité, I et II, par N. Depraz, PUF, 2001 Psychologie phénoménologique, par P. Cabestan, N. Depraz, A. Mazzu, F. Dastur, Vrin, 2001 De la synthèse active, par J.-F. Pastureau et M. Richir, Millon, 2004 Sur le renouveau, par L. Joumier, Vrin, 2005.


Études. — 1) Revues et périodiques : Analecta husserliana, depuis 1971, par A.-T. Tymieniecka, Reidel Husserl Studies, depuis 1984, par J. N. Mohanty et K. Schuhmann, Nijhoff 2) Ouvrages collectifs : La phénoménologie, Journée d’études de la Société thomiste, 12 septembre 1932, Cerf Revue internationale de Philosophie, numéro spécial, 1939 Philosophical Essays in Memory of E. Husserl, Harvard, 1941 Phénoménologie, Existence, Colin, 1953 Husserl, Les Cahiers de Royaumont, Minuit, 1959 Problèmes actuels de la phénoménologie, Desclée de Brouwer, 1959 Husserl et la pensée moderne, 1959, Nijhoff Husserliana, Tempo e intenzionalita, 1960, in Archiva di Filosophia, Padova Husserl, par H. Noack, 1973, Wissenschaftliche Buchgesellschaft Vérité et vérification, Actes du IVe Colloque international de Phénoménologie, septembre 1969, Nijhoff Lebenswelt und Wissenschafl in der Philosophie Edmond Husserls, par E. Strocker, Klostermann, 1979 Phénoménologie et métaphysique, par J.-L. Marion et G. Planty-Bonjour, puf, 1984 Edmund Husserl, Darstellung seines Denkens, par R. Bernet, I. Kern, E. Marbach, Meiner, 1989 Husserl, sous la direction de E. Escoubas et M. Richir, Millon, 1989 3) Ouvrages particuliers : A. Aguirre, Genetische Phänomenologie und Reduktion, Nijhoff, 1970 G. A. Almeida, Sinn und Inhalt in der genetischen Phänomenologie E. Husserl, Nijhoff, 1972 S. Bachelard, La logique de Husserl, puf, 1957 O. Becker, Die Philosophie Edmund Husserls, in Kantstudien, XXXV (1929) G. Berger, Le cogito dans la philosophie de Husserl, Aubier, 1941 R. Boehm, Vom Gesichtspunkt der Phänomenologie, Nijhoff, 1968 G. Brand, Welt, Ich und Zeit, Nijhoff, 1955 D. Cairns, Conversations with Husserl und Fink, Nijhoff, 1975 T. Celms, Der phänomenologische Idealismus Husserls, Walters, 1928 U. Claesges, Edmund Husserl Theorie der Raumconstitution, Nijhoff, 1964 J. Derrida, La voix et le phénomène, puf, 1967 A. Diemer, Edmund Husserl, Versuch einer systematischen Darstellung seiner Phänomenologie, Hain, 1956 M. Farber, The foundation of phenomenology, Harvard, 1943 E. Fink, De la phénoménologie, Minuit, 1966 D. Franck, Chair et corps, Minuit, 1981 W. W. Fuchs, Phenomenology and the metaphysics of presence, Nijhoff, 1976 G. Granel, Le sens du temps et de la perception chez E. Husserl, Gallimard, 1969 K. Held, Lebendige Gegenwart, Nijhoff, 1966 G. Hoyos Vasques, Intentionalität als Verantwortung. Gechichtsteleologie und Teleologie der Intentionalität bei Husserl, Nijhoff, 1976 R. Ingarden, On the motives which led Husserl to transcendantal Idealism, Nijhoff, 1975 I. Kern, Husserl und Kant, Nijhoff, 1984 L. Landgrebe, Phänomenologie und Metaphysik, van Scröder, 1949 Faktizität und Individuation, Meiner, 1982 Q. Lauer, Phénoménologie de Husserl. Essai sur la génèse de l’intentionnalité, puf, 1955 E. Levinas, La théorie de l’intuition dans la phénoménologie de Husserl, Alcan, 1930 De l’existence à l’existant, Fontaine, 1947 En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger, Vrin, 1949 E. Marbaeh, Das Problem des Ich in der Phänomenologie Husserls, Nijhoff, 1974 J.-L. Marion, Réduction et donation, puf, 1989 M. Merleau-Ponty, Le philosophe et son ombre, in Signes, Gallimard, 196o J.-P. Miller, Numbers in presence and absence, Nijhoff, 1982 J. N. Mohanty, Edmund Husserl’s Theory of meaning, Nijhoff, 1969 Phenomenology und ontology, Nijhoff, 1970 A. de Muralt, L’idée de la phénoménologie, L’exemplarisme husserlien, puf, 1958 B. Rang, Kausalität und Motivation, Nijhoff, 1973 P. Ricœur, À l’école de la phénoménologie, Vrin, 1986 M. M. Saraiva, L’imagination selon Husserl, Nijhoff, 1970 R. Schérer, La phénoménologie des “ Recherches logiques ” de Husserl, puf, 1967 K. Schuhmann, Die Fundamentalbetrachtung der Phänomenologie, Nijhoff, 1971 Husserl-Chronik, Nijhoff, 1977 D. Souche-Dagues, Le développement de l’intentionnalité dans la phénoménologie husserlienne, Nijhoff, 1972 La lecture husserlienne de “ Sein und Zeit ”, in Revue Philosophie, no 21 H. Spiegelberg, The phenomenological movement, Nijhoff, 1981 R. Toulemont, L’essence de la société selon Husserl, puf, 1962 Tran-Duc-Tao, Phénoménologie et matérialisme dialectique, Minh-Tan, 1951 E. Tugendhat, Der Wahrheitsbegriff bei Husserl und Heidegger, De Gruyter, 1967 A. Waelhens, Phénoménologie et vérité, puf, 1953 J. Wahl, L’ouvrage posthume de Husserl : la “ Krisis ”, 1957, Centre de documentation universitaire J. Benoist, Autour de Husserl. L’ego et la raison, Vrin, 1994 Phénoménologie, sémantique, ontologie, PUF, 1997 Intentionnalité et langage, PUF, 2001 Entre acte et sens, Vrin, 2002 R. Bernet, La vie du sujet, PUF, 1994 Conscience et existence, PUF, 2004 N. Depraz, Transcendance et incarnation, PUF, 1995 J. Benoist, R. Brisart, J. English, Liminaires phénoménologiques. Recherches sur le développement de la théorie de la signification de Husserl, Facultés universitaires Saint-Louis, 1998 A. Montavont, De la passivité dans la phénoménologie, PUF, 1999 B. Bégout, La généalogie de la logique, Vrin, 2000 J. English, Le vocabulaire de Husserl, Ellipses, 2002 Sur l’intentionnalité et ses modes, PUF, 2006 R. Barbaras, Introduction à la philosophie de Husserl, La Transparence, 2004 A. Schell, Temps et phénomène, Olms, 2004 J.-F. Lavigne, Husserl et la naissance de la phénoménologie, 2005 L. Joumier, Lire Husserl, Ellipses, 2007.


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